7 décembre 2025

Maladies chroniques : pourquoi favorisent-elles l’apnée du sommeil ?

Comprendre les liens entre maladies chroniques et apnée du sommeil

L’apnée du sommeil touche plus de 1,5 million de personnes en France, selon Santé Publique France. Cette affection silencieuse, souvent détectée tardivement, ne se limite pas à des ronflements ou une fatigue matinale. En réalité, elle est étroitement liée à plusieurs maladies chroniques. Ces liens ne sont pas fortuits : lorsqu’on souffre d’hypertension, de diabète, d’obésité ou d’insuffisance cardiaque, le risque d’apnées nocturnes grimpe en flèche.

Mais pourquoi ces maladies favorisent-elles l’apparition de l’apnée du sommeil ? Quels sont les mécanismes en jeu ? Comment reconnaître un risque accru et agir à temps ? Plongeons dans cette relation méconnue et pourtant cruciale pour la santé.

Petit rappel : qu’est-ce que l’apnée du sommeil ?

L’apnée du sommeil, ou syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), se manifeste par des pauses respiratoires involontaires de plus de 10 secondes durant le sommeil. Ces interruptions peuvent survenir des dizaines, voire des centaines de fois par nuit.

  • On parle d’apnée modérée à partir de 15 événements par heure, sévère au-delà de 30.
  • Les symptômes principaux : ronflements bruyants, réveils nocturnes répétés, somnolence diurne, troubles de la mémoire, irritabilité.

Le manque d’oxygène répété, combiné aux micro-réveils, perturbe l’organisme et favorise le développement ou l’aggravation de maladies chroniques.

Les maladies chroniques les plus impliquées

Certaines affections sont particulièrement associées à l’apnée du sommeil. En voici les principales :

  • L’obésité
  • Le diabète de type 2
  • L’hypertension artérielle
  • Les maladies cardiaques (insuffisance cardiaque, arythmie)
  • La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO)
  • Les pathologies neurologiques (AVC, maladie de Parkinson)

Obésité et apnée du sommeil : un cercle vicieux

Selon l’INSERM, plus de 70% des adultes souffrant d’apnée du sommeil présentent un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30. L’excès de graisse localisée au niveau du cou et du thorax favorise le relâchement des tissus mous, rétrécissant ainsi les voies aériennes supérieures pendant le sommeil.

  • La prise de poids augmente le risque d’apnée à chaque kilo supplémentaire.
  • L’apnée non traitée, à l’inverse, favorise la prise de poids par perturbation hormonale (léptine, ghréline) et par fatigue chronique limitant l’activité physique.

Bon à savoir : Perdre 10 % de son poids peut réduire de moitié la sévérité de l’apnée selon une étude publiée dans l’New England Journal of Medicine (2009).

Le diabète de type 2 : des liens étroits et insoupçonnés

Le diabète de type 2 augmente de 2 à 3 fois le risque d’apnée obstructive du sommeil (National Sleep Foundation). Plusieurs mécanismes expliquent cette association :

  1. L’hyperglycémie chronique endommage les nerfs qui contrôlent les muscles respiratoires de la gorge, favorisant leur relâchement.
  2. L’obésité, fréquente chez les patients diabétiques, aggrave le risque.
  3. L’apnée perturbe la régulation du glucose et aggrave la résistance à l’insuline.

Les personnes souffrant à la fois de diabète et d’apnée du sommeil présentent un risque accru de complications cardiovasculaires, même en l’absence de symptômes bruyants (European Respiratory Society, 2018).

L’hypertension artérielle : l’apnée, une cause souvent sous-estimée

Près de 50 % des personnes souffrant d’hypertension résistante (ne répondant pas à 3 traitements ou plus) présentent une apnée du sommeil (source : Société Française d’Hypertension Artérielle).

  • La baisse de l’oxygène sanguin et les micro-réveils stimulent le système nerveux sympathique, responsable de la “réaction de stress”.
  • Résultat : des hausses de tension artérielle, même la nuit, et une aggravation des risques d’accident vasculaire cérébral ou d’infarctus.
  • Traiter l’apnée peut réduire la pression artérielle de façon significative, parfois au même niveau qu’un médicament antihypertenseur supplémentaire.

Les maladies cardiaques et vasculaires

L’apnée du sommeil et les pathologies cardiaques entretiennent des relations complexes :

  • Insuffisance cardiaque : jusqu’à 75% des personnes souffrant d’insuffisance cardiaque chronique présentent un syndrome d’apnée du sommeil ou des formes mixtes (obstructives et centrales) (European Society of Cardiology).
  • Fibrillation auriculaire : la prévalence de l’apnée est multipliée par 3 à 4 chez les patients ayant cette arythmie. Le traitement de l’apnée améliore les chances de stabiliser le rythme cardiaque après cardioversion.

BPCO et apnée du sommeil : un duo risqué

La co-existence de Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO) et d’apnée du sommeil est appelée “overlap syndrome”. Entre 10 et 15 % des patients BPCO majeurs souffrent également d’apnée, selon le American Thoracic Society. Or, l’association des deux augmente considérablement le risque d’hospitalisations et de complications respiratoires graves.

Pathologies neurologiques : quand le cerveau joue un rôle

Certaines maladies neurologiques peuvent déclencher ou aggraver l’apnée du sommeil, notamment par des atteintes des centres de commande de la respiration :

  • Accident vasculaire cérébral (AVC) : L’apnée est présente chez 60 à 70 % des victimes d’AVC récents. Parfois, l’AVC révèle une apnée jusque-là silencieuse.
  • Maladie de Parkinson : Les troubles du tonus musculaire et la lenteur des mécanismes de déglutition favorisent les obstructions nocturnes.

Certaines maladies neuromusculaires, comme la sclérose latérale amyotrophique, peuvent également perturber le rythme respiratoire et déclencher des apnées centrales (absence de signal du cerveau vers les muscles respiratoires).

Mécanismes communs : comment ces maladies chroniques favorisent-elles l’apnée ?

  • Modification de la morphologie des voies aériennes : Surpoids, œdèmes ou relâchement musculaire obstruent les passages de l’air.
  • Dysfonctionnement du système nerveux autonome : Certains troubles métaboliques ou neurologiques déséquilibrent les signaux qui maintiennent l’ouverture de la gorge durant le sommeil.
  • Inflammation chronique : L’inflammation associée au diabète, à l’obésité ou à la BPCO fragilise les tissus respiratoires.
  • Effets secondaires de certains traitements : Certains médicaments, utilisés pour traiter l’hypertension ou les maladies cardiaques, relaxent les muscles et aggravent les apnées.

Signes à surveiller chez les personnes souffrant de maladies chroniques

Quand un patient cumule plusieurs de ces pathologies, il faut rester vigilant face à des signes d’alerte parfois peu bruyants :

  • Fatigue persistante malgré des nuits en apparence “normales”
  • Hypertension difficile à contrôler
  • Perturbations du rythme cardiaque inexpliquées
  • Somnolence, irritabilité ou troubles cognitifs inexpliqués
  • Prise de poids inexpliquée malgré un régime identique

L’apnée du sommeil passe souvent inaperçue, mais elle mérite d’être recherchée systématiquement chez les personnes atteintes de certaines maladies chroniques.

Que faire si l’on est concerné ?

  • En parler à son médecin traitant : Le médecin saura rechercher des signes, prescrire si besoin un test du sommeil (polygraphie ou polysomnographie).
  • Utiliser un questionnaire de dépistage : Des outils comme le score NOSAS peuvent donner une première estimation du niveau de risque.
  • Mieux gérer les maladies chroniques : Un contrôle optimal du diabète, de l’hypertension, ou une perte de poids réduiront la sévérité de l’apnée.
  • Adopter de bonnes habitudes de vie : Éviter l’alcool le soir, ne pas consommer de somnifères sans avis médical, bouger régulièrement.

Traiter l’apnée du sommeil par pression positive continue (PPC), orthèses d’avancée mandibulaire ou mesures hygiéno-diététiques permet souvent d’améliorer nettement la qualité de vie… et de mieux contrôler les maladies chroniques.

L’apnée du sommeil n’est pas une fatalité : agir, c’est se protéger

La forte association entre maladies chroniques et apnée du sommeil rappelle l’importance d’une approche globale de la santé. Prendre en charge l’apnée, c’est offrir à l’organisme une chance de récupérer, d’équilibrer ses fonctions, de réduire les complications et parfois de diminuer les traitements médicamenteux.

Si vous souffrez d’une maladie chronique, ou si vous accumulez plusieurs facteurs de risque, n’attendez pas que la fatigue prenne le dessus. Surveillez les signes, informez-vous, demandez conseil à vos soignants, testez-vous. Car mieux dormir, c’est déjà mieux vivre.

Pour aller plus loin : consultez des sources comme la National Sleep Foundation, l'INSERM, la Fondation Arcad ou parlez-en directement à votre médecin du sommeil.

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