19 juin 2026

Parasomnies et apnée du sommeil : un duo qui ne fait pas bon ménage

Parasomnies et apnée du sommeil : de quoi parle-t-on ?

Au fil des consultations, la question revient régulièrement : existe-t-il un lien entre parasomnies et apnée du sommeil ? Beaucoup l’ignorent, et pourtant la réponse est oui. Avant toute chose, clarifions ces deux notions, souvent confondues.

  • Parasomnies : Ce mot désigne des comportements anormaux pendant le sommeil. Le somnambulisme, les terreurs nocturnes, ou les réveils confusionnels en sont des exemples courants. Les gestes incontrôlés, les cris, parler en dormant... Les tableaux sont variés. On distingue des parasomnies du sommeil profond (NREM), et celles qui surviennent en sommeil paradoxal (REM).
  • Apnée du sommeil : Ce trouble fréquent touche jusqu’à 10% de la population adulte selon l’INSV (Institut National du Sommeil et de la Vigilance). L’air ne circule plus pendant plusieurs secondes, plusieurs fois par heure. S’ensuivent des micro-éveils, fragmentant le sommeil, perturbant sa qualité et ses cycles. Le sujet s’en rend rarement compte, mais le corps, lui, crie alerte.

Lorsque l’apnée du sommeil n’est pas traitée, elle peut aggraver, déclencher ou entretenir ces comportements nocturnes anormaux. Pourquoi ce cocktail est-il si explosif ?

Pourquoi l’apnée du sommeil perturbe-t-elle les parasomnies ?

La clé de compréhension réside dans la structure du sommeil. Chacun de nous passe par différents stades de sommeil chaque nuit. Ce ballet précis est orchestré par notre cerveau pour garantir récupération, mémoire, et maintien de nombreuses fonctions corporelles.

  • Le sommeil NREM (non paradoxal) est celui des nuits profondes, propices à la récupération physique.
  • Le sommeil REM (paradoxal) est lié aux rêves, à la consolidation de la mémoire, et à une activité cérébrale proche de l’état d’éveil.

Or, l’apnée du sommeil, à force de provoquer de multiples micro-éveils et ruptures du cycle, désorganise profondément cette architecture. Ce sont précisément ces ruptures qui favorisent l’apparition des parasomnies.

Quand la rupture du sommeil devient facteur déclenchant

Imaginez que chaque apnée soit un coup de frein brutal dans le cerveau endormi. À chaque arrêt, l’oxygène chute, le corps répond en déclenchant une alerte. Parfois, cela conduit à un éveil bref mais suffisant pour réactiver des comportements automatiques hérités de l’enfance (comme le somnambulisme ou les terreurs nocturnes).

On sait, par exemple, que :

  • Les parasomnies NREM (comme le somnambulisme adulte, rare mais bien réel) apparaissent préférentiellement lors des transitions brutalement interrompues, notamment le passage entre le sommeil profond et l’éveil.
  • L’apnée du sommeil multiplie ces transitions, créant un terrain propice à l’expression de ces troubles.

Quels sont les types de parasomnies aggravées par une apnée non traitée ?

Certaines parasomnies semblent particulièrement sensibles à la désorganisation du sommeil induite par l’apnée.

  • Terreurs nocturnes : Elles surviennent en sommeil profond (NREM). Un cri soudain, le regard fixé, une pâleur, des sueurs. L’enfant ou l’adulte est souvent inconsolable pendant quelques minutes, puis retourne dormir sans souvenir au matin. Les apnées favorisent l’irruption de ces épisodes en fragmentant les stades profonds.
  • Somnambulisme : Ce comportement consiste à marcher, parfois à sortir du lit ou à manipuler des objets, sans conscience éveillée. La survenue fréquente de micro-éveils majore les risques de “déverrouillage” moteur tout en conservant la conscience endormie.
  • Agitation nocturne et comportements moteurs complexes : Chez certains sujets, l’apnée du sommeil non traitée peut donner lieu à des mouvements involontaires, des gestes brusques, parfois jusqu’à blesser le dormeur ou son conjoint. On parle alors de troubles du comportement en sommeil REM, surtout chez l’adulte et le sujet âgé. Là encore, la perturbation des cycles de sommeil est centrale.

D’après plusieurs études (par exemple Schenck et al., 2019 – Sleep Medicine Reviews), on observe une prévalence accrue de ces parasomnies chez les patients souffrant d’apnée du sommeil modérée à sévère.

Des chiffres qui font réfléchir

Parasomnie Prévalence chez la population générale Prévalence chez les patients avec apnée sévère
Somnambulisme adulte 1% à 2% Jusqu'à 8% (American Academy of Sleep Medicine, 2014)
Terreurs nocturnes adultes <1% 4 fois plus fréquent (études canadiennes, 2018)
Comportement moteur en REM 0.5% à 2% >5% (source : Sleep Medicine Reviews, 2019)

Ces chiffres font apparaître une tendance : quand l’apnée du sommeil n'est pas traitée, les parasomnies sont plus fréquentes, plus intenses, parfois plus dangereuses (risque de chute, d’accident domestique… et d’épuisement pour toute la famille).

Pourquoi faut-il agir ?

Laisser une apnée du sommeil perdurer, c’est prendre le risque de voir s’installer, voire s’aggraver, des comportements sur lesquels on pense, à tort, n’avoir aucune prise. Le sommeil n’est pas qu’une question de fatigue. Sa stabilité est un garde-fou contre bien des troubles, comportements nocturnes compris.

  • Pour la sécurité : Les épisodes de somnambulisme ou de comportements moteurs inconscients peuvent entraîner des chutes, des blessures, voire parfois des passages à l’acte dangereux.
  • Pour la qualité de vie : Le sommeil fragmenté aggrave l’irritabilité, la somnolence diurne et altère la mémoire, l’humeur, les relations familiales.
  • Pour la santé globale : L’apnée du sommeil non traitée majore le risque d’hypertension, d'accident vasculaire cérébral, de diabète… et entretient le cercle vicieux de la fatigue et des troubles nocturnes.

Les études montrent que le traitement de l’apnée par pression positive continue (PPC) réduit de manière significative la fréquence des parasomnies chez plusieurs patients (Aurora et al., Chest, 2010).

Reconnaître, prévenir… agir : ce qui fait la différence

Il est rassurant de savoir que des solutions existent. Voici ce qui change la donne :

  • Savoir reconnaître les signes : Terreur nocturne, réveil confusionnel, somnambulisme adulte, comportements “bizarres" la nuit, chutes inexpliquées – surtout si le sommeil est non réparateur ou que l’entourage signale des arrêts respiratoires.
  • Se faire dépister : Un simple questionnaire comme le score NOSAS (test rapide du risque d'apnée) peut déjà orienter. Si vous suspectez une apnée, un enregistrement du sommeil (polygraphie ou polysomnographie) apportera des réponses claires.
  • Consulter un spécialiste : Le médecin du sommeil peut adapter la prise en charge, discuter de solutions adaptées (traitement par PPC, hygiène de vie, parfois médicaments en cas de parasomnies majeures).
  • Adopter de bons réflexes : Améliorer sa régularité de sommeil, limiter les substances favorisant l’instabilité nocturne (alcool, hypnotiques), sécuriser son environnement de nuit le temps du diagnostic.

Des histoires vraies pour mieux comprendre

Il arrive que des adultes se voient consulter après un accident nocturne. Un homme de 52 ans, sans antécédent psychiatrique notable, consulte pour chutes récurrentes pendant son sommeil. L’enquête révèle des ronflements, des réveils en sursaut, et un endormissement difficile. L’enregistrement du sommeil diagnostique une apnée sévère. Une fois traitée, les épisodes nocturnes disparaissent. Ce type de scénario n’est pas rare.

Chez les enfants, un tableau d’énurésie (pipi au lit) ou de terreurs nocturnes persistantes doit également interpeller. L’apnée chez l’enfant, souvent due à une hypertrophie des amygdales ou des végétations, peut parfois se cacher derrière ces comportements.

Et si on changeait de regard sur les parasomnies ?

Se résigner face à ce que l’on pense être “des caprices du cerveau endormi” n’est plus une fatalité. Traiter l’apnée du sommeil, c’est parfois résoudre, en quelques semaines, des années de nuits agitées. La prévention commence par l’information et le dialogue. Si vous, ou l’un de vos proches, présentez des parasomnies persistantes – pensez à l’apnée. Le sommeil retrouvé, c’est la première marche vers une meilleure santé, pour soi et pour tous ceux qui partagent nos nuits.

Sources principales : – Sleep Medicine Reviews, 2019 ; – American Academy of Sleep Medicine, 2014 ; – Aurora et al., Chest, 2010 ; – INSV, Institut National du Sommeil et de la Vigilance ; – Redline et al., N Engl J Med, 2018.

Protéger son sommeil n’a jamais été aussi simple qu’avec une information bien partagée. À chacun d’agir à son rythme… mais sans tarder !

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