17 avril 2026

Comment différencier l’apnée du sommeil du syndrome des jambes sans repos ?

Deux troubles du sommeil, une même nuit troublée : comment ne pas s’y tromper ?

Parfois, la nuit se transforme en parcours d’obstacles. Impossible de trouver le sommeil : le corps bouge, l’esprit s’agite, la fatigue persiste au matin. Face à ces symptômes, deux diagnostics reviennent souvent : apnée du sommeil et syndrome des jambes sans repos (SJSR). Peut-on les confondre ? Oui, et c’est assez fréquent. Distinguer ces deux pathologies est indispensable car les traitements diffèrent, tout comme les risques pour la santé.

Apnée du sommeil : une respiration qui s’arrête sans crier gare

L’apnée du sommeil, ou apnée obstructive du sommeil (AOS), touche entre 5 et 15 % de la population adulte, selon les critères diagnostiques appliqués (The Lancet Respiratory Medicine, 2019).

  • Définition : Elle se traduit par l’arrêt (apnée) ou la forte réduction (hypopnée) du flux respiratoire pendant au moins 10 secondes.
  • Cause principale : Les voies respiratoires supérieures s’obstruent malgré l’effort respiratoire.
  • Manifestations typiques : Ronflements sonores, pauses respiratoires constatées par l’entourage, réveils brefs avec sensation d'étouffement, fatigue matinale, maux de tête au réveil, troubles de concentration.

Les réveils nocturnes répétés fragilisent la structure du sommeil : la personne ne tombe que rarement dans un sommeil profond et réparateur. Sur le long terme, l’apnée du sommeil peut augmenter les risques cardiovasculaires, le diabète de type 2, ou encore la dépression (OMS, 2023).

Le syndrome des jambes sans repos : quand les jambes ne veulent pas dormir

Le syndrome des jambes sans repos (SJSR), ou maladie de Willis-Ekbom, touche 5 à 10 % de la population, avec des formes sévères chez environ 2 à 3 % (Sleep Foundation).

  • Définition : Sensation désagréable dans les jambes (fourmillements, picotements, besoin irrésistible de bouger).
  • Période critique : Les symptômes apparaissent le plus souvent le soir ou la nuit, au moment du repos.
  • Manifestations typiques : Difficulté à rester assis ou allongé, agitation nocturne, soulagement partiel par le mouvement.

Le SJSR n’interrompt donc pas la respiration mais perturbe l’endormissement et le maintien du sommeil. La fatigue, l’irritabilité, ou même l’anxiété s’installent souvent à la longue.

Pourquoi ces deux maladies sont-elles souvent confondues ?

Le point commun entre l’apnée du sommeil et le SJSR ? Des nuits troublées… mais pour des raisons très différentes. Voici les principales causes de confusion :

Symptôme Apnée du sommeil Syndrome des jambes sans repos
Réveils nocturnes Très fréquents Très fréquents
Difficulté à s’endormir Assez rare (sauf anxiété liée au sommeil) Très fréquent
Sensation d’étouffement Fréquent Non
Besoin irrépressible de bouger les jambes Non Central
Fatigue matinale Quasi systématique Quasi systématique

De plus, il n’est pas rare que les deux troubles se côtoient chez une même personne. Environ 15 % des patients avec SJSR souffriraient aussi d’apnée du sommeil (Sleep Medicine Reviews, 2018).

Quand faut-il vraiment penser à l’un plutôt qu’à l’autre ?

  • SJSR : Si l’envie de bouger les jambes ou les sensations désagréables commencent au repos (le soir ou la nuit), qu’elles s’apaisent en marchant, le SJSR est probable.
  • Apnée du sommeil : Si l’on vous dit que vous ronflez fort, que vous "cessez de respirer" pendant la nuit, ou si vous vous réveillez en sursaut avec une sensation d’étouffement, pensez plutôt à l’apnée.

Mais attention : la somnolence diurne, l’épuisement chronique ou les problèmes de vigilance peuvent assimiler les deux tableaux. La consultation spécialisée reste la meilleure option.

Des outils pour mieux s’orienter

  • Pour l’apnée du sommeil : Des questionnaires validés (ex : STOP-Bang, score NOSAS) permettent de détecter les personnes à risque (IMC, tour de cou, antécédents de ronflements, pauses nocturnes…).
  • Pour le SJSR : On retient surtout les 4 critères de diagnostiques de l’IRLSSG (International Restless Legs Syndrome Study Group) :
    • Besoins irrépressibles de bouger, généralement associés à des sensations désagréables dans les jambes.
    • Apparaissent ou s’aggravent au repos.
    • S’atténuent en bougeant.
    • S’aggravent le soir ou la nuit.

En cas de doute, un enregistrement du sommeil à domicile ou en laboratoire peut aider à trancher.

Pourquoi est-ce important de bien faire la différence ?

  • Le SJSR expose aux troubles anxieux mais n’augmente pas de façon claire les risques cardiovasculaires.
  • L’apnée du sommeil, de son côté, multiplie par deux à trois le risque d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral, d’hypertension artérielle (New England Journal of Medicine).
  • Les traitements sont différents :
    • Pour l’apnée : appareils de pression positive continue (PPC), dispositifs sur mesure pour avancer la mâchoire, perte de poids, modification de l’hygiène de vie.
    • Pour le SJSR : traitements dopaminergiques, corrections de carences (notamment en fer), adaptation du mode de vie, gestion des facteurs aggravants (café, alcool, sédentarité).

Prendre le bon chemin diagnostic, c’est non seulement soulager les nuits, mais aussi préserver sa santé à long terme.

Des signes qui doivent faire consulter

Certains signaux d’alerte doivent faire réagir :

  • Somnolence diurne très marquée (episodes d’endormissement incontrôlé en journée)
  • Arrêts respiratoires observés par l’entourage
  • HTA difficile à contrôler ou inexpliquée
  • Agitation sévère des jambes empêchant quasiment tout repos
  • Phénomènes anxieux ou dépressifs apparus récemment et aggravés par la fatigue

Les solutions existent et elles sont efficaces, à condition de poser le bon diagnostic et d’agir tôt.

Sommeil : la prévention, un investissement au quotidien

Quelques gestes simples réduisent à la fois les risques d’apnée et les symptômes du SJSR. Voici ce que la recherche recommande :

  • Maintenir un poids stable et adapté
  • Limiter la consommation d’alcool le soir
  • Éviter la caféine l’après-midi et en soirée
  • Conserver des horaires de sommeil réguliers
  • Pratiquer une activité physique adaptée (ni trop intense en soirée)
  • Consulter en cas de symptômes persistants

Il n’y a pas de nuit perdue : c’est chaque soir qu’on protège sa santé !

L’attention aux signes, une clé pour un sommeil retrouvé

Distinguer l’apnée du sommeil du syndrome des jambes sans repos est essentiel pour choisir la bonne voie, se soigner et retrouver la sérénité nocturne. Les outils d’auto-évaluation et la consultation spécialisée sont des alliés précieux. Restez attentif aux signaux, informez-vous, et osez demander de l’aide : mieux comprendre ses nuits, c’est offrir à ses journées plus de vitalité.

Pour aller plus loin, de nombreuses ressources existent sur le site : test de score NOSAS, conseils personnalisés, et guides pratiques. Parce qu’un sommeil compris est déjà un sommeil mieux protégé.

En savoir plus à ce sujet :