Parasomnies et apnée du sommeil : un duo qui ne fait pas bon ménage
Au fil des consultations, la question revient régulièrement : existe-t-il un lien entre parasomnies et apnée du sommeil ? Beaucoup l’ignorent, et pourtant la réponse est oui...
Nuit Optimisée par la Santé et l’Appui au Sommeil
L’apnée du sommeil (ou syndrome d’apnée obstructive du sommeil, SAOS) est un trouble fréquent qui concerne environ 8 à 15 % des adultes, selon les études européennes (source : Société Européenne de Pneumologie, 2023). Elle se caractérise par des arrêts répétés de la respiration durant le sommeil. Ces pauses respiratoires durent au moins 10 secondes et peuvent se produire des dizaines, voire des centaines de fois par nuit chez certaines personnes.
Non traitée, cette maladie entraîne somnolence, baisse de la concentration, hypertension, troubles cardiaques, voire accidents vasculaires cérébraux.
Or, l’obésité est aujourd’hui considérée comme le premier facteur de risque modifiable de l’apnée du sommeil. Mais pourquoi ce lien est-il si fort ?
L’Organisation Mondiale de la Santé estime que le risque d'apnée du sommeil est multiplié par 4 à 5 chez les personnes souffrant d'obésité (OMS, 2022). Près de 60 % des patients diagnostiqués avec une apnée du sommeil présentent un excès de poids.
Ces chiffres confirment un constat clinique : l’augmentation du poids corporel s’accompagne d’une hausse du risque d’apnée du sommeil. Plusieurs mécanismes expliquent ce phénomène.
Le premier mécanisme, le plus direct, concerne l’accumulation de tissu adipeux autour du cou, de la gorge et de la langue. Chez les personnes en surpoids ou obèses, ce tissu graisseux :
Résultat : le passage de l’air se trouve rapidement obstrué pendant la nuit, provoquant ronflements et apnées.
On imagine souvent que seul le cou est concerné, mais l’excès de graisse au niveau abdominal a aussi un impact. Pourquoi ?
La combinaison de ces deux effets—rétrécissement des voies aériennes supérieures, plus difficulté mécanique à bien respirer—explique la forte corrélation observée.
L’obésité s’accompagne d’un dérèglement métabolique : résistance à l’insuline, inflammation chronique, production accrue de certaines hormones comme la leptine, censée réguler la satiété. Des études récentes (Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2021) montrent que :
Ces modifications biochimiques peuvent également rendre les arousals (micro-éveils après une apnée) moins efficaces, favorisant une mauvaise oxygénation nocturne.
L’apnée du sommeil aggrave souvent les complications de l’obésité, comme :
Le cercle vicieux s’installe rapidement : l’apnée du sommeil non traitée perturbe le métabolisme, provoque de la fatigue, et accentue la tentation du grignotage, réduisant encore la motivation à bouger.
Certains profils sont particulièrement à surveiller :
Même un gain de poids de 10 % peut doubler le risque de développer une apnée du sommeil, selon une étude majeure de la Cleveland Clinic (2003). À l’inverse, une perte de 10 % du poids réduit le nombre de pauses respiratoires nocturnes de près de 30 % en moyenne.
Une alerte supplémentaire : les insomnies ou réveils fréquents, surtout si accompagnés de sueurs nocturnes ou de palpitations.
Un diagnostic d’apnée du sommeil peut créer une inquiétude. Pourtant, c’est souvent un tremplin efficace pour agir positivement sur sa santé.
A retenir : réduire son poids de seulement 5 % suffit souvent à constater une amélioration concrète sur le sommeil et la qualité de vie (JAMA, 2022).
La meilleure prévention reste une surveillance régulière de son poids et de son sommeil, surtout en cas de facteurs de risque. Quelques pistes concrètes :
Il faut aussi rappeler que le diagnostic de l’apnée du sommeil, souvent réalisé par polygraphie ou polysomnographie, est simple et indolore.
La relation entre obésité et apnée du sommeil est profondément imbriquée, mais un accompagnement précoce permet souvent d’inverser la tendance. Rester vigilant, discuter ouvertement avec son professionnel de santé, et mettre en place des actions concrètes font la différence, même par petits pas.
Des solutions existent, et chaque effort compte pour mieux respirer, mieux dormir… et mieux vivre, tout simplement.
Sources : Société Européenne de Pneumologie, OMS, Sleep Foundation, JAMA, Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, American Thoracic Society, Cleveland Clinic.