Parasomnies et apnée du sommeil : un duo qui ne fait pas bon ménage
Au fil des consultations, la question revient régulièrement : existe-t-il un lien entre parasomnies et apnée du sommeil ? Beaucoup l’ignorent, et pourtant la réponse est oui...
Nuit Optimisée par la Santé et l’Appui au Sommeil
L’apnée du sommeil, loin d’être un simple « ronflement fort », désigne une interruption ou réduction temporaire de la respiration pendant le sommeil. Ces pauses respiratoires durent généralement 10 secondes ou plus, et peuvent survenir des dizaines, voire des centaines de fois par nuit. On estime qu’environ 10 à 49 % des hommes et 3 à 23 % des femmes souffrent d’une forme d’apnée du sommeil, dépendant de l’âge et des critères retenus (Heinzer et al., Lancet Respir Med, 2015).
Mais l’apnée ne se manifeste pas de la même façon chez tout le monde. Elle se divise en deux grandes catégories : l’apnée obstructive du sommeil (AOS) et l’apnée centrale du sommeil (ACS). Elles ont des points communs, mais leurs origines, mécanismes et conséquences peuvent être très différents.
L’apnée obstructive du sommeil (AOS) est, de loin, la forme la plus courante (près de 90 % des cas d’apnée). Elle touche principalement les hommes de plus de 45 ans, mais personne n’est vraiment à l’abri : elle peut aussi concerner les enfants ou les femmes, surtout après la ménopause (Sleep Foundation, 2023).
Fait frappant : une grande partie des personnes touchées n’ont pas conscience de leurs pauses respiratoires. Leurs proches sont souvent les premiers à s’en apercevoir.
Chez l’enfant, les végétations et amygdales volumineuses sont souvent en cause.
La bonne nouvelle : des traitements efficaces existent, avec un impact direct sur l’énergie et la santé globale.
L’apnée centrale du sommeil (ACS) ne représente qu’environ 10 % des cas d’apnée, mais ses conséquences peuvent être tout aussi sérieuses. Ici, la respiration s’arrête non pas parce que la gorge est obstruée… mais parce que le cerveau « oublie » d’envoyer le signal de respirer.
L’ACS peut aussi parfois coexister avec l’AOS, on parle alors d’apnée du sommeil « mixte » ou « complexe ».
| Critère | Apnée Obstructive (AOS) | Apnée Centrale (ACS) |
|---|---|---|
| Mécanisme | Obstruction anatomique des voies aériennes | Absence de commande ventilatoire centrale du cerveau |
| Signe typique | Ronflement, pauses avec effort inspiratoire | Arrêts silencieux, sans mouvement thoracique |
| Facteurs de risque | Surpoids, âge, sexe, antécédents familiaux | Cardiopathies, AVC, morphiniques, âge |
| Prévalence | Beaucoup plus fréquente (≈90 %) | Peu fréquente (≈10 %) |
| Traitement principal | PPC, hygiène de vie, chirurgie | Optimiser le traitement cardiaque, PPC adaptative, parfois oxygène |
Devant une suspicion d’apnée, la polysomnographie (examen complet du sommeil) reste la référence. Elle permet :
Un simple enregistrement nocturne ou une polygraphie ventilatoire (moins complète mais utile) peut déjà repérer la plupart des cas.
Parfois, le diagnostic n’est pas évident, surtout dans les formes mixtes ou chez les personnes âgées poly-pathologiques : d’où l'intérêt d’un avis spécialisé dans un centre du sommeil.
Le traitement « star » de l’AOS est la PPC (Pression Positive Continue), sorte de petit compresseur qui souffle un air doux pour maintenir les voies respiratoires ouvertes. Il permet d'éliminer jusqu’à 90 % des apnées dès la première nuit !
Dans l’ACS, tout l’enjeu est de soigner l’origine (maladie cardiaque par exemple) : optimiser les traitements du cœur, ajuster les médicaments, gérer les facteurs de risque vasculaires.
Il arrive qu’une PPC classique aggrave les ACS chez certains cardiaques sévères – une évaluation médicale est essentielle avant d’initier le traitement.
L’apnée, qu’elle soit obstructive ou centrale, ne doit jamais être négligée. Diagnostiquer tôt, c’est protéger son cœur, son cerveau, sa mémoire ; et retrouver rapidement une énergie de vie précieuse.
Chaque type d’apnée du sommeil a ses particularités, mais avec une prise en charge personnalisée, il est possible d’améliorer sa qualité de vie durablement. Apprendre à différencier ces deux formes, c’est offrir la meilleure protection à son sommeil… et à sa santé globale.
Sources : Sleep Foundation, https://www.sleepfoundation.org/; Heinzer et al., Prevalence of sleep-disordered breathing in the general population: The HypnoLaus study. Lancet Respir Med, 2015; American Thoracic Society, https://www.thoracic.org/; Sleep 2012; Haute Autorité de Santé (HAS) : Fiche Évaluation du Syndrome d’Apnées Hypopnées Obstructives du Sommeil chez l’adulte (2017).