19 janvier 2026

Comprendre les risques cardiovasculaires associés à l’apnée du sommeil

Le lien méconnu entre apnée du sommeil et maladies du cœur

L’apnée du sommeil n’est pas seulement responsable de la fatigue et des réveils nocturnes. Elle agit silencieusement sur le corps, et son impact sur le système cardiovasculaire est aujourd’hui largement reconnu. De nombreux patients ne soupçonnent pas que ce trouble du sommeil peut être à l’origine de complications graves touchant le cœur et les vaisseaux.

Souvent, consulter pour des ronflements ou des somnolences diurnes amène à découvrir un trouble beaucoup plus large, capable d’augmenter le risque d’hypertension artérielle, d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), d’arythmies ou encore d’insuffisance cardiaque. Pour rappel, selon l’INSV (Institut National du Sommeil et de la Vigilance), près de 30% des hommes et 15% des femmes de plus de 65 ans présentent un syndrome d’apnée du sommeil.

Comment l’apnée du sommeil agit-elle sur le système cardiovasculaire ?

Pour bien comprendre les risques, il faut revenir à ce qui se passe dans le corps lors des apnées. Pendant le sommeil, le passage de l’air s’obstrue, la personne arrête momentanément de respirer (parfois des dizaines de fois par nuit !) et le cerveau se réveille pour relancer la respiration. À chaque réveil, le cœur et l’organisme subissent une forme de « stress », appelée hypoxie intermittente, c’est-à-dire des baisses répétées du taux d’oxygène dans le sang.

Ce phénomène provoque :

  • Une activation du système nerveux sympathique (le système d’alerte du corps, responsable de l’accélération du rythme cardiaque et de la tension artérielle)
  • Une inflammation chronique à bas bruit
  • Des troubles de la coagulation favorisant la formation de caillots
  • Un dysfonctionnement de la paroi interne des vaisseaux sanguins (endothélium)

Résultat : le cœur fatigue, les artères s’abîment, la tension grimpe – parfois sans symptômes évidents.

Zoom sur les principales complications cardiovasculaires

1. L’hypertension artérielle : l’effet le plus fréquent

L’hypertension artérielle (HTA) est le premier risque cardiovasculaire associé à l’apnée du sommeil. Plus de la moitié des personnes souffrant d’apnée modérée à sévère présentent aussi de l’hypertension (source : Société Européenne de Cardiologie). Et inversement, 35 à 83% des patients hypertendus non contrôlés présentent une apnée du sommeil non traitée (Somers et al., NEJM 2008).

  • HTA résistante : C’est le cas quand la tension reste élevée malgré la prise de trois médicaments ou plus. Cela touche environ 1/3 des hypertendus ayant une apnée du sommeil.
  • HTA nocturne : L’apnée empêche la baisse physiologique de la tension la nuit (« non-dippers »), ce qui aggrave le risque de complications.

Bonne nouvelle : traiter l’apnée (notamment par pression positive continue, PPC) fait baisser la tension, surtout chez les patients avec HTA résistante (NEJM, 2007).

2. L’infarctus du myocarde et la maladie coronarienne

Le lien entre apnée du sommeil et maladies des artères coronaires est désormais bien établi. Les micro-réveils et le manque d’oxygène favorisent l’inflammation et la formation de plaques dans les artères.

  • Les patients apnéiques ont 2 à 3 fois plus de risque de développer une maladie coronarienne par rapport à la population générale (JAMA, 2014).
  • En cas d’antécédent d’infarctus, la présence d’apnée non traitée triple le risque de récidive – ou de décès dans l’année qui suit.

Un diagnostic et une prise en charge précoce protègent donc le cœur à long terme.

3. Accidents vasculaires cérébraux (AVC)

L’apnée du sommeil multiplie également par 2 à 4 le risque d’AVC ischémique ou hémorragique (source : American Heart Association 2017). Le manque d’oxygénation provoque des variations brutales de la tension artérielle, et expose les artères cérébrales à de véritables « micro-traumatismes » nocturnes.

4. Arythmies cardiaques : quand le cœur bat la chamade… ou s’arrête

Le cœur est sensible aux variations d’oxygène et au stress nocturne causés par l’apnée. Cela favorise le développement de troubles du rythme, en particulier la fibrillation auriculaire.

  • Les patients avec apnée sévère multiplient leur risque de fibrillation auriculaire par 4 (AHA, 2008).
  • Chez les porteurs de pacemakers ou de défibrillateurs, l’apnée augmente la fréquence des épisodes d’arythmie nocturne.

En traitant l’apnée : diminution très nette du risque de récidive d’arythmie après un choc électrique (cardioversion).

5. Insuffisance cardiaque et complications à long terme

L’apnée n’épargne pas le muscle cardiaque : au fil des années, la surcharge de travail imposée au cœur, couplée à l’HTA et aux arythmies, peut aboutir à une insuffisance cardiaque.

  • 40 à 50% des personnes atteintes d’insuffisance cardiaque présentent une apnée du sommeil
  • Chez ces patients, le pronostic s’aggrave (hausse des hospitalisations, de la mortalité, etc.)

Là encore, la prise en charge de l’apnée peut stabiliser, voire dans certains cas améliorer la fonction cardiaque.

Tableau récapitulatif : les principales complications cardiovasculaires

Complication Risque relatif (apnée vs. non-apnée) Impact du traitement
Hypertension artérielle x2 à x3 Baisse de la TA chez 60% des patients traités
Maladie coronarienne / infarctus x2 à x3 Diminution du risque après traitement
AVC x2 à x4 Données en faveur d’une réduction du risque avec la PPC
Fibrillation auriculaire x4 Diminution nette des récidives
Insuffisance cardiaque 40-50% des malades concernés Pronostic stabilisé voire amélioré

Pourquoi la prévention active change tout ?

La bonne nouvelle : il n’est jamais trop tard pour agir. Faire diagnostiquer une apnée du sommeil permet non seulement de mieux dormir… mais aussi de préserver durablement la santé du cœur.

La prise en charge combine souvent plusieurs options :

  • Hygiène de vie : Perte de poids, activité physique, gestion du stress, sevrage tabac et alcool – des mesures qui agissent aussi sur le sommeil et la tension.
  • Traitements spécifiques : Dispositif de pression positive (PPC), orthèses buccales, chirurgie dans certains cas.
  • Surveillance médicale régulière : Suivi de la tension, de la fréquence cardiaque et, si besoin, du traitement de l’apnée.

Une étude de référence portant sur 10 000 patients a montré : ceux traités efficacement vivent plus longtemps et présentent moins de complications cardiovasculaires (Martínez-García et al., Chest 2015).

L’engagement pour une meilleure santé cardiaque commence dès aujourd’hui

Protéger son cœur, c’est parfois oser parler de ses nuits : des ronflements qui inquiètent, une fatigue inhabituelle, des sautes de tension… Ces petits signaux doivent alerter. De nombreux patients ignorent qu’un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée réduisent fortement les complications graves.

Agir tôt, se faire accompagner et s’informer, voilà les premiers pas vers une prévention efficace. Sur le blog Lausanne Nosas Score, l’objectif est d’aider à mieux comprendre et à mieux agir face à l’apnée du sommeil : chaque action pour bien dormir, c’est une chance de plus pour garder un cœur en pleine forme.

Pour aller plus loin : n’hésitez pas à tester des outils comme le score NOSAS ou à consulter un professionnel du sommeil – votre cœur vous dira merci.

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