27 mars 2026

Comment différencier l’apnée du sommeil des autres troubles du sommeil chez l’adulte

Pourquoi distinguer les troubles du sommeil ?

Dormir est un besoin fondamental. Pourtant, une personne sur trois souffre d’un trouble du sommeil à un moment de sa vie d’adulte (INSV, 2023). Selon l’OMS, près de 40 % des adultes dorment mal au moins une fois par semaine. Quand la fatigue envahit vos journées, il n’est pas toujours facile de comprendre pourquoi. L’apnée du sommeil est souvent évoquée, mais ce n’est qu’un acteur parmi de nombreux autres troubles du sommeil.

Savoir distinguer l’apnée des autres problèmes nocturnes est essentiel pour adopter les bons gestes et orienter les recherches. Les symptômes se ressemblent parfois : fatigue, troubles de la concentration, irritabilité. Pourtant, les causes, les conséquences et les traitements n’ont rien à voir.

Les grandes familles de troubles du sommeil chez l’adulte

On distingue plusieurs grands groupes de troubles du sommeil chez l’adulte, chacun avec ses mécanismes propres :

  • L’apnée du sommeil (apnée-hypopnée obstructive, syndrome d’apnées obstructives du sommeil – SAOS)
  • Les insomnies (difficulté à s’endormir ou à rester endormi)
  • Les parasomnies (somnambulisme, cauchemars, terreurs nocturnes)
  • Les troubles du rythme circadien (travail de nuit, décalage horaire, syndrome de retard de phase)
  • Le syndrome des jambes sans repos et mouvements périodiques des jambes
  • L’hypersomnie (excès de sommeil, narcolepsie)

Zoom sur l’essentiel pour y voir plus clair.

Qu’est-ce que l’apnée du sommeil ?

L’apnée du sommeil, et plus particulièrement l’apnée obstructive, est un trouble respiratoire nocturne. Elle se caractérise par des arrêts involontaires de la respiration durant le sommeil, qui peuvent durer 10 à 30 secondes, parfois plus. Ces pauses peuvent se répéter des dizaines, voire des centaines de fois chaque nuit. La plupart des personnes en sont inconscientes.

Près d’1 million de Français seraient concernés par l’apnée sévère, soit environ 5 à 10 % des adultes (HAS, 2023). Pourtant, la majorité ignore leur trouble.

Signes typiques de l’apnée du sommeil

  • Ronflements très sonores, réguliers
  • Arrêts respiratoires notés par l’entourage
  • Réveils nocturnes avec sensation d’étouffement ou de suffocation
  • Somnolence et fatigue persistantes en journée
  • Mal de tête au réveil
  • Irritabilité, troubles de la mémoire et de l’attention

Le diagnostic se pose après un examen spécialisé : la polygraphie ou la polysomnographie nocturne.

Symptômes Apnée du sommeil Insomnie Syndrome jambes sans repos
Réveils nocturnes Oui, avec suffocation, pauses respiratoires Oui, difficulté à se rendormir Oui, besoin de bouger les jambes
Fatigue en journée Oui, très fréquente Souvent Souvent
Ronflements Oui (fréquents, intenses) Non Non
Somnolence diurne Oui Plutôt fatigue Parfois
Impression de sommeil non réparateur Oui Oui Oui
Signes à l’endormissement Non Oui, difficulté à s’endormir Oui, fourmillements jambes

Les autres troubles du sommeil : nature et indices distinctifs

Insomnie (primaire ou secondaire)

L’insomnie se définit par une difficulté à s’endormir, à rester endormi ou à retrouver le sommeil quand on se réveille la nuit. On parle d’insomnie chronique si le problème persiste au moins 3 fois par semaine, pendant au moins 3 mois.

Les causes sont souvent psychologiques (stress, anxiété), environnementales ou liées à d’autres maladies. On estime qu’environ 15 à 20 % des adultes souffrent d’insomnie chronique (INSV, 2022).

Signes typiques :

  • Difficulté à s’endormir malgré la fatigue
  • Réveils nocturnes ou précoces, impossibilité de se rendormir
  • Pas de ronflement excessif
  • Penser sans cesse, agitation mentale
  • Léger état dépressif ou anxieux associé

Syndrome des jambes sans repos (SJSR)

Le SJSR se manifeste par des sensations désagréables dans les jambes, surtout le soir ou la nuit. Le besoin irrépressible de bouger entraîne des difficultés à s’endormir ou de multiples réveils nocturnes.

On estime que 8 à 10 % des adultes sont concernés, avec une prédominance féminine (Inserm, 2021).

Signes typiques :

  • Gêne ou fourmillements dans les jambes, soulagés en marchant
  • Agitation, parfois mouvements involontaires durant la nuit
  • Souvent aucun ronflement
  • Fatigue et nervosité dans la journée

Parasomnies

Les parasomnies recouvrent des phénomènes inhabituels survenant pendant le sommeil : somnambulisme, cauchemars sévères, terreurs nocturnes. Elles touchent surtout les enfants, mais certains adultes peuvent être concernés.

Nous en parlons ici pour souligner qu’elles s’accompagnent rarement de somnolence diurne, contrairement à l’apnée ou l’insomnie.

Hypersomnies (autres que l’apnée)

La narcolepsie et d’autres hypersomnies provoquent une envie incontrôlable de dormir, parfois en pleine activité. Cela n’a rien à voir avec la fatigue liée au sommeil fragmenté de l’apnée. Ces troubles sont plus rares, touchant moins de 1 % des adultes (Orphanet, 2023).

Signes typiques :

  • Endormissements soudains dans la journée
  • Possibles hallucinations au réveil
  • Pas de pause respiratoire pendant la nuit

Points de repère : comment faire la différence à la maison ?

Il existe des indices simples pour s’orienter avant de consulter :

  • Ronflements intenses + pauses respiratoires constatées : pensez en priorité à l’apnée du sommeil.
  • Difficulté à trouver ou à garder le sommeil, surtout en période de stress, sans ronflements ni pauses : insomnie probable.
  • Besoins de bouger les jambes au repos, fourmillements : évoquez le SJSR.
  • Somnolence diurne excessive sans cause respiratoire nocturne : envisager la narcolepsie ou une autre hypersomnie, à discuter avec le médecin.

Le score NOSAS, disponible gratuitement sur ce site, est un outil simple pour estimer le risque d’apnée du sommeil en quelques minutes. En cas de doutes, n’hésitez pas à vous en servir.

L’apnée du sommeil : pourquoi son impact est-il particulier ?

L’apnée n’est pas juste un trouble gênant. Elle altère globalement la santé.

  • Risque accru d’hypertension artérielle : jusqu’à 2 à 3 fois plus fréquent chez les apnéiques non traités (ESC, 2018).
  • Mauvais contrôle du diabète : les micro-réveils permanents jouent sur l’équilibre hormonal.
  • Risque cardiovasculaire augmenté: infarctus, AVC, arythmies cardiaques
  • Impairement de la mémoire et de l’attention : les troubles cognitifs sont plus répandus.

Un traitement adapté (ventilation nocturne, orthèse…) réduit considérablement ces risques et améliore clairement la qualité de vie. À l’inverse, les autres troubles du sommeil sont gênants, favorisent l’anxiété ou la somnolence, mais ne comportent pas tous ces risques physiques sévères.

D’où l’importance de ne pas passer à côté du bon diagnostic.

Quand consulter ? Quelques signaux à ne pas négliger

  • Votre entourage vous signale des arrêts de respiration ou des ronflements assourdissants ?
  • Vous êtes épuisé malgré un temps de sommeil suffisant ?
  • Vous vous réveillez avec des sensations de suffocation, des palpitations ?
  • Vos performances au travail chutent, vous oubliez davantage, vous vous endormez presque involontairement durant la journée ?

Dans ces cas, l’avis d’un professionnel du sommeil est fondamental. Parlez-en à votre médecin, utilisez des outils de dépistage, et ne négligez pas vos symptômes. Beaucoup de solutions existent pour reprendre le contrôle de vos nuits.

Prévention active : protéger son sommeil, c’est protéger sa santé

Reconnaître les signes d’un trouble du sommeil est la première marche vers une meilleure qualité de vie. Les troubles du sommeil ne sont pas une fatalité de l’âge adulte, ni une faiblesse. Ils sont le reflet de déséquilibres qu’on peut souvent corriger.

  • Maintenez des horaires réguliers
  • Évitez la surconsommation d’écrans, d’alcool et de café avant le coucher
  • Favorisez un environnement sombre et calme
  • N’hésitez jamais à consulter si vous doutez de la qualité de votre sommeil

Les données scientifiques évoluent, mais une chose ne change pas : agir tôt reste la meilleure garantie contre les complications. Prendre soin de sa nuit, c’est investir pour toute la journée.

Sources :

  • Haute Autorité de Santé, Recommandations « Apnée du Sommeil chez l’adulte », 2023
  • Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV), Baromètre 2023
  • Inserm, Fiche syndrome jambes sans repos, 2021
  • Orphanet, Fiche Narcolepsie, 2023
  • European Society of Cardiology (ESC), Guidelines, 2018

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