23 novembre 2025

Apnée du sommeil : pourquoi le sexe influence le risque et le diagnostic

Introduction : Comprendre les différences et sortir des idées reçues

L’apnée du sommeil touche entre 5 et 15% des adultes, selon les populations étudiées. Pourtant, cette prévalence n’est pas répartie de façon uniforme. Pendant longtemps, l’apnée du sommeil était vue comme « une maladie d’homme ». Mais que disent vraiment les études ? Et qu’en est-il des femmes ? Aujourd’hui, on sait que le sexe biologique influe non seulement sur le risque de développer une apnée du sommeil, mais aussi sur la façon dont elle se manifeste et sur la manière dont elle est diagnostiquée. S’intéresser à ces différences est essentiel pour affiner la prévention et permettre à chacun de mieux prendre soin de sa santé.

Comment le sexe influence-t-il la fréquence de l’apnée du sommeil ?

Les plus grandes études épidémiologiques montrent un constat clair : l’apnée du sommeil est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, mais ce fossé tend à se réduire avec l’âge.

  • Chez les hommes : On estime que 10 à 17% des hommes d’âge moyen présentent un syndrome d’apnée obstructive du sommeil modéré à sévère (Heinzer et al., 2015).
  • Chez les femmes : La prévalence varie entre 3 à 9% avant la ménopause, mais monte à près de 13% après la ménopause (Redline & Young, 2019).

Le ratio homme/femme (usage du sexe biologique dans les études) oscille donc entre 2:1 et 3:1, mais il se rapproche de 1:1 après la ménopause. L’âge et les changements hormonaux sont donc des déterminants majeurs, même s’ils ne sont pas les seuls.

Pourquoi cette différence ? Mécanismes hormonaux, anatomiques et physiologiques

L’explication de ce déséquilibre n’est pas simplement statistique ou liée aux habitudes de vie.

  • La protection hormonale féminine : Les œstrogènes et la progestérone semblent jouer un rôle protecteur chez les femmes en préménopause. Ces hormones influencent la tonicité musculaire du pharynx et stimulent la respiration pendant le sommeil.
  • Les différences anatomiques : Les hommes ont, en général, un volume des voies aériennes supérieur, mais également une redistribution des graisses différente (plus autour du cou), ce qui favorise les apnées.
  • Effet de l’âge : Avec la ménopause, la chute des hormones sexuelles chez la femme fait fortement augmenter le risque d’apnée, le rapprochant de celui de l’homme.

Il faut cependant intégrer d’autres paramètres. Par exemple : la prise de poids, très liée à la survenue de l’apnée, touche différemment les deux sexes à l’âge adulte, mais tend à converger avec le vieillissement.

Des symptômes différents selon que l’on est une femme ou un homme

Au-delà du risque, c’est la façon dont l’apnée du sommeil se manifeste qui varie avec le sexe. Cela a un impact direct sur le diagnostic.

  • Chez les hommes : Les symptômes classiques prédominent : ronflement bruyant, pauses respiratoires observées par l’entourage, somnolence diurne marquée.
  • Chez les femmes : Les signes sont souvent plus subtils : fatigue généralisée, insomnie, maux de tête matinaux, troubles de l’humeur (irritabilité, anxiété, dépression légère).

Une conséquence importante : les femmes sont souvent sous-diagnostiquées ou diagnostiquées sur le tard, car leurs symptômes s’éloignent du « portrait-robot » traditionnel de l’apnée.

Des risques associés différents selon le sexe

L’apnée du sommeil n’impacte pas uniquement la qualité du sommeil. Elle augmente le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète, d’hypertension, d’accidents vasculaires… Or, le terrain sur lequel l’apnée évolue est souvent différent chez la femme et chez l’homme, ce qui module ces risques supplémentaires.

  • Chez les femmes : Plusieurs travaux ont montré que, même avec une apnée du sommeil d’intensité modérée, le risque de développer une hypertension artérielle ou des troubles du rythme cardiaque est majoré (notamment en post-ménopause : N Engl J Med, 2000).
  • Chez les hommes : Le sur-risque cardiovasculaire apparaît plus tôt, souvent corrélé à la sévérité de l’apnée. Il en va de même pour les troubles métaboliques.
  • Vieillissement et convergence : Avec l’âge, les différences tendent à s’estomper : homme ou femme, l’apnée du sommeil devient un redoutable facteur aggravant pour la santé cardiovasculaire et cérébrale.

Quel impact sur le diagnostic et les outils de dépistage ?

La plupart des questionnaires et scores utilisés pour estimer le risque d’apnée ont été développés essentiellement à partir de cohortes masculines. Cela pose un problème de sensibilité et de spécificité chez les femmes.

  • Chez la femme : Le score d’Epworth, par exemple, sous-estime la somnolence car elle s’exprime différemment. D’autres outils, comme le score NOSAS, prennent en compte des paramètres plus objective comme le tour de cou ou l’IMC, mais restent également moins sensibles aux particularités féminines.
  • Le rôle des professionnels : Les professionnels de santé sont aujourd’hui encouragés à adapter leurs questions et leur vigilance, surtout en présence de symptômes atypiques chez la femme.

Des recommandations récentes insistent sur le besoin de former davantage les médecins au repérage de l’apnée chez la femme, en particulier après la ménopause (Sleep Foundation).

Ménopause, traitement hormonal et évolution du risque

Le passage à la ménopause est un moment-clé pour la santé du sommeil des femmes. Plusieurs études démontrent que l’incidence de l’apnée du sommeil augmente rapidement à cette période. Le rôle des traitements hormonaux substitutifs (THS) reste débattu :

  • Chez certaines femmes, le THS semble ralentir l’apparition ou limiter la sévérité de l’apnée (Javaheri et al., ERJ 2015).
  • D’autres recherches n’ont pas montré de bénéfice clair, ou pointent un effet uniquement chez les femmes les plus jeunes en ménopause.

L’intérêt principal du THS reste, avant tout, la prise en charge des symptômes de la ménopause. La décision doit être personnalisée avec le médecin traitant.

Quelles stratégies de prévention et d’action ?

Prendre en compte le sexe et l’âge permet d’adapter les messages de prévention et d’intervention :

  • Chez les hommes jeunes : Surveiller le poids, éviter l’alcool en soirée, prêter attention aux signaux d’alerte (sensation de répétition de nuits non récupératrices, somnolence au volant).
  • Chez les femmes (surtout > 50 ans) : Ne pas banaliser une fatigue persistante, parler à son médecin de troubles du sommeil ou d’humeur, en particulier après la ménopause.
  • Pour tous : Adopter des mesures simples d’hygiène de sommeil, pratiquer une activité physique, éviter la prise de poids, et solliciter des outils de dépistage adaptés.

N’hésitez pas non plus à questionner votre équipe médicale, à consulter si vous vous reconnaissez dans les descriptions, ou si un proche vous fait part de changements inquiétants pendant la nuit.

Relancer la vigilance sur l’apnée du sommeil au féminin comme au masculin

L’apnée du sommeil n’est pas « une maladie d’homme », contrairement à certaines croyances encore tenaces. Les femmes sont concernées, souvent de façon plus tardive et plus discrète, mais avec un impact sanitaire tout aussi important. Mieux repérer ces différences, c’est s’ouvrir à une prévention plus juste et une meilleure santé pour tous.

La vulgarisation, la sensibilisation et la personnalisation des conseils sont les clefs pour progresser. Les professionnels évoluent, les outils diagnostiques également, pour ne plus passer à côté de cas importants. Chacun peut agir, à titre personnel ou pour ses proches, afin de protéger ce précieux capital qu’est le sommeil réparateur.

Restez à l'écoute de votre corps, informez-vous, et osez parler de votre sommeil. La prévention est plus efficace quand elle se fait dans le respect des différences… et quand elle commence tôt.

En savoir plus à ce sujet :