9 septembre 2025

Quand la nuit coupe le souffle : comprendre l’apnée du sommeil

Un trouble du sommeil invisible… mais fréquent !

L’apnée du sommeil fait partie de ces troubles qui passent souvent inaperçus. Et pourtant, elle touche environ 8% de la population adulte européenne, et jusqu’à 15% des personnes de plus de 70 ans selon l’European Respiratory Society (ERS Journals). Sa fréquence augmente avec l’âge, le surpoids, ou certaines particularités anatomiques, mais elle peut aussi toucher des personnes jeunes et en bonne santé apparente.

Malgré sa fréquence, l’apnée du sommeil reste sous-diagnostiquée : environ 80% des personnes concernées l’ignorent. Comprendre comment fonctionne ce trouble est donc essentiel pour agir en prévention et en traitement.

Apnée du sommeil : de quoi parle-t-on exactement ?

L’apnée du sommeil, ou apnée obstructive du sommeil (AOS), correspond à des arrêts répétés de la respiration pendant le sommeil. Pour qu’on parle d’apnée, la respiration doit s’arrêter au moins 10 secondes, parfois beaucoup plus. Ces pauses sont causées par un relâchement des muscles de la gorge, qui entraînent une obstruction partielle ou totale des voies aériennes supérieures.

  • Apnée : arrêt complet du flux d’air pendant 10 secondes ou plus.
  • Hypopnée : réduction partielle du flux d’air (plus de 30 %) avec baisse de l’oxygène ou micro-réveils.

L’index d’apnées-hypopnées (IAH) désigne le nombre de pauses respiratoires (apnées + hypopnées) par heure de sommeil :

  • Léger : 5 à 15 événements/heure
  • Modéré : 15 à 30 événements/heure
  • Sévère : plus de 30 événements/heure

Un enfant avec un IAH supérieur à 1 doit déjà être surveillé (HAS 2020).

Que provoque l’apnée pendant le sommeil ?

Lors d’un épisode d’apnée, le passage de l’air est réduit ou complètement bloqué. Cela provoque :

  • Une chute du taux d’oxygène dans le sang (désaturation)
  • Des micro-réveils inconscients pour rétablir la respiration (éveils de sauvegarde)

Ces multiples interruptions fractionnent le sommeil et empêchent le cerveau d’entrer dans ses phases réparatrices. C’est comme si l’on était réveillé des dizaines, voire des centaines de fois chaque nuit, sans s’en rendre compte.

À quoi ressemble une nuit avec apnée du sommeil ?

Les apnées du sommeil surviennent surtout lors du sommeil profond et du sommeil paradoxal, lorsque le tonus musculaire est le plus bas. La langue et les tissus mous de la gorge s’affaissent, bouchant le passage de l’air.

Souvent, la personne ne s’en aperçoit pas. Ce sont plutôt les proches qui constatent :

  • Des ronflements sonores, parfois entrecoupés de silences (les apnées)
  • Des halètements, des réveils en sursaut avec une sensation d’étouffement
  • Des mouvements agités ou des réveils nocturnes fréquents

Le matin, la fatigue est inhabituelle, même après un « sommeil » de 7 ou 8 heures.

Les symptômes : reconnaître les signaux parfois discrets

L’apnée du sommeil ne provoque pas que des ronflements. Bien d’autres signes quotidiens doivent alerter, même en l’absence de surpoids ou de problèmes cardiaques.

  • Somnolence diurne : fatigue excessive, endormissements au volant, à la télévision ou en réunion. L’accidentologie routière liée à l’apnée du sommeil est 2 à 7 fois supérieure à la population générale (Institut National du Sommeil et de la Vigilance) !
  • Concentration perturbée : trous de mémoire, difficulté à suivre une conversation.
  • Maux de tête matinaux, bouche sèche au réveil.
  • Humeur : irritabilité, anxiété, parfois dépression.
  • Libido en berne ou troubles de l’érection chez l’homme.

Chez l’enfant, la présentation est différente : hyperactivité, troubles du comportement, baisse des résultats scolaires, pipi au lit.

Pourquoi l’apnée du sommeil est-elle dangereuse ?

L’apnée du sommeil est loin d’être anodine. À long terme, elle épuise le système cardiovasculaire, augmente la pression artérielle et dérègle le métabolisme.

  • Risques cardiaques : infarctus, troubles du rythme, insuffisance cardiaque : le risque de maladie cardiovasculaire double (American Lung Association).
  • Accidents vasculaires cérébraux : les apnées sévères multiplient le risque d’AVC.
  • Diabète de type 2 : le manque chronique d’oxygène perturbe la gestion du sucre par l’organisme (Sleep Medicine Reviews 2015).
  • Hypertension résistante : près de 80 % des personnes avec une hypertension difficile à traiter souffrent aussi d’apnée du sommeil (Sleep 2024).
  • Accidents domestiques et professionnels, du fait de la somnolence.
  • Risque de démence accru chez les seniors avec apnée non traitée (Neurology 2018).

Pourquoi le problème se crée ? Les mécanismes de l’apnée

De nombreux facteurs peuvent provoquer ou aggraver une apnée du sommeil :

  • Antomie : amygdales volumineuses, langue épaisse, mâchoire reculée.
  • Surpoids et obésité : l’accumulation de tissu adipeux autour du cou « resserre » les voies aériennes.
  • Âge : le relâchement musculaire augmente.
  • Consommation d’alcool ou de sédatifs : ces substances favorisent une relaxation excessive des muscles de la gorge.
  • Facteurs génétiques
  • Congestion nasale chronique : augmente la résistance au passage de l’air.

Certaines personnes combinent plusieurs de ces facteurs, renforçant le risque et l’intensité des apnées.

Comment se diagnostic-t-on l’apnée du sommeil ?

Face à une suspicion (symptômes, score NOSAS élevé, antécédents familiaux), le médecin oriente vers :

  • Une polygraphie respiratoire nocturne : réalisée à domicile, elle mesure le flux d’air, la saturation en oxygène, le ronflement, les mouvements thoraciques et abdominaux.
  • Une polysomnographie : examen plus complet, en laboratoire du sommeil, qui enregistre en plus l’activité cérébrale (EEG) et les phases de sommeil.

Ces examens donnent le chiffre de l’IAH, la saturation minimale en oxygène, la durée des épisodes, et aident à préciser le type et la gravité de l’apnée.

Des outils simples en ligne comme le score NOSAS permettent de détecter les personnes à risque et de discuter avec son médecin d’un dépistage adapté.

Quel impact sur la vie ?

L’apnée du sommeil n’impacte pas seulement la santé physique. Elle entraîne aussi :

  • Des tensions familiales (ronflements, fatigue du couple)
  • Une baisse de la productivité au travail
  • Une détérioration de la qualité de vie globale (activité physique réduite, limitation des sorties du fait de la fatigue)

Le sentiment d’incompréhension et l’isolement sont fréquents, d’où l’importance de mettre des mots sur les symptômes et d’oser en parler avec un professionnel.

Des traitements efficaces et personnalisés

Heureusement, l’apnée du sommeil se traite bien, à condition d’être dépistée. Les approches sont variées :

  • Pression positive continue (PPC/CPAP) : un appareil qui envoie de l’air sous pression pour maintenir les voies ouvertes. Efficace dans plus de 90 % des cas sévères, mais nécessite une adaptation (ResMed).
  • Orthèses d’avancée mandibulaire : gouttière sur-mesure qui avance la mâchoire la nuit, utile pour les apnées légères à modérées.
  • Changements hygiéno-diététiques : perte de poids, activité physique, éviter l’alcool et les somnifères.
  • Chirurgie ORL (dans certains cas de malformations ou de tissus en excès)
  • Programmes de rééducation myofonctionnelle : exercices pour tonifier la langue et le pharynx.
  • Des traitements technologiques innovants : neurostimulation du nerf hypoglosse (en développement).

Prévenir l’apnée du sommeil : quelques pistes

Si certaines causes sont mécaniques ou génétiques, il est possible d’agir :

  • Garder un poids de forme (5 à 10 % de perte de poids diminue l’IAH de façon significative – JAMA 2009).
  • Éviter la prise d’alcool 3 h avant le coucher.
  • Surélever légèrement la tête de lit
  • Traiter une congestion nasale (allergies, déviation de la cloison…)
  • Établir des horaires de sommeil réguliers
  • Consulter en cas de somnolence excessive (ne pas négliger ses plaintes : le déni retarde le diagnostic)

Une démarche de prévention active, même modeste, porte ses fruits en quelques semaines.

Pour aller plus loin : et si votre sommeil cachait un souffle coupé ?

L’apnée du sommeil peut toucher chacun d’entre nous, sans distinction d’âge, de sexe ni de corpulence. Elle ne doit pas être source de stigmatisation ni d’inquiétude insurmontable. En repérant les signes, en s’informant et en consultant, il est possible de retrouver un sommeil réparateur et de préserver sa santé à long terme.

Le dépistage actif, surtout si l’on se reconnaît dans les symptômes décrits, reste le meilleur levier pour mieux dormir… et mieux vivre. N’hésitez pas à explorer les outils proposés sur ce site, et parlez-en avec votre entourage ou votre médecin. Votre énergie, votre humeur et votre vigilance quotidienne valent bien une nuit de sommeil « reconnectée ».

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